Publié le • Par Geoffrey Michel
Le gouvernement restreint l'accès au financement du permis de conduire via le CPF.
À partir de 2026, seuls les demandeurs d'emploi pourront utiliser leurs droits formation pour passer leur permis.
La fin du CPF permis pour les actifs
Depuis 2017, tu pouvais financer ton permis B avec ton Compte Personnel de Formation. Cette possibilité disparaît pour la majorité des Français. Le budget 2026 réserve ce dispositif aux personnes inscrites à France Travail (ancien Pôle emploi).
Concrètement, si tu es salarié ou indépendant, tu ne pourras plus utiliser ton CPF pour le permis. La mesure s'inscrit dans un plan plus large de révision du CPF, qui vise à économiser 500 millions d'euros.
Le ministère du Travail justifie cette décision par un recentrage sur l'employabilité des demandeurs d'emploi. Pour eux, le permis reste un levier d'accès ou de retour à l'emploi. Mais cette logique exclut des milliers de jeunes actifs qui auraient besoin du permis pour évoluer professionnellement.
La nuance est importante : avoir un emploi ne signifie pas forcément avoir les moyens de financer son permis. Beaucoup de contrats précaires, de temps partiels ou de premiers emplois laissent peu de marge pour économiser plusieurs milliers d'euros.
Qui garde le droit au CPF permis
Trois profils conservent l'accès au financement :
- Les demandeurs d'emploi inscrits à France Travail
- Les bénéficiaires du RSA
- Les personnes en situation de handicap
Pour ces publics, le permis représente souvent une condition indispensable pour décrocher un poste. Sans voiture, difficile de postuler dans des zones mal desservies par les transports en commun.
Les travailleurs handicapés gardent ce droit car leur mobilité conditionne fréquemment leur maintien dans l'emploi. Cette exception vise à éviter des ruptures professionnelles liées au transport. Pour une personne en fauteuil roulant ou avec des difficultés de déplacement, un véhicule adapté devient souvent le seul moyen d'accéder à son lieu de travail.
Les bénéficiaires du RSA entrent aussi dans le dispositif. L'idée : leur permettre de sortir de l'assistance en accédant à plus d'opportunités professionnelles. Dans les faits, beaucoup d'offres d'emploi exigent le permis, surtout dans les secteurs du commerce, du service à la personne ou de la logistique.
L'impact sur les auto-écoles
Les professionnels du secteur tirent la sonnette d'alarme. La Fédération des auto-écoles en ligne parle d'une "bombe sociale". Leur argument : des milliers de jeunes actifs comptaient sur leur CPF pour financer leur formation.
Les auto-écoles en ligne, en particulier, s'étaient développées grâce au CPF. Leur modèle tarifaire compétitif attirait les candidats qui disposaient de droits formation mais pas d'économies suffisantes. La suppression du CPF pour les actifs risque de bouleverser ce marché.
Certaines structures pourraient fermer. D'autres devront réviser leur stratégie commerciale et se concentrer sur les demandeurs d'emploi, un public moins large et parfois plus complexe à accompagner (horaires fluctuants, situations personnelles difficiles).
Le paradoxe : les auto-écoles traditionnelles, qui n'avaient pas misé sur le CPF, pourraient retrouver des parts de marché. Mais globalement, le secteur anticipe une contraction du nombre de candidats.
Pourquoi ce revirement
Le CPF coûte cher à l'État. Les fraudes massives détectées en 2023 et 2024 ont accéléré la décision. Des réseaux organisés détournaient les fonds via de fausses formations au permis. Certains organismes peu scrupuleux facturaient des prestations jamais réalisées ou gonflaient artificiellement les prix.
Le gouvernement veut aussi recentrer le CPF sur des formations qualifiantes. Le permis, bien qu'utile, ne constitue pas une qualification professionnelle au sens strict. Tu ne peux pas faire valoir ton permis B comme un diplôme ou une certification métier. Cette distinction justifie, selon Bercy, le retrait du dispositif pour les actifs.
Reste que le permis coûte cher. Sans aide publique, cette somme reste inaccessible pour beaucoup de jeunes ou de travailleurs précaires. Le risque : creuser les inégalités territoriales, notamment en zone rurale où la voiture s'avère indispensable.
Dans certaines régions, pas de permis signifie pas de travail. Les transports en commun y sont rares, voire inexistants. Refuser le CPF aux actifs précaires revient à les enfermer dans une impasse : ils ont besoin du permis pour améliorer leur situation, mais ils n'ont pas les moyens de le financer.
Les alternatives possibles
Tu cherches un financement ? Plusieurs pistes existent encore.
Le permis à un euro par jour
Le permis à un euro par jour s'adresse aux jeunes de 15 à 25 ans. Ce prêt à taux zéro facilite l'étalement des paiements sur 20, 30 ou 40 mois. L'État prend en charge les intérêts. Tu rembourses l'équivalent d'un euro par jour, d'où le nom du dispositif.
L'avantage : tu évites de débourser une grosse somme d'un coup. Tu peux commencer ta formation même sans économies. Le hic : toutes les auto-écoles ne sont pas partenaires. Vérifie que celle que tu vises accepte ce mode de financement.
Les aides locales et régionales
Les aides locales varient selon ta commune ou ton département. Certaines collectivités proposent des bourses au permis en échange de bénévolat ou sous conditions de ressources. Tu peux par exemple effectuer quelques heures de service civique ou d'aide aux associations locales en contrepartie d'une aide financière.
Renseigne-toi auprès de ta mairie ou du conseil départemental. Ces dispositifs sont souvent méconnus mais peuvent couvrir une part importante du coût total. Certains conseils régionaux proposent aussi des aides spécifiques pour les jeunes en insertion professionnelle.
Les missions locales
Les missions locales accompagnent les moins de 26 ans. Elles peuvent mobiliser des fonds spécifiques pour financer tout ou partie du permis, surtout si celui-ci conditionne ton accès à l'emploi. Si tu as une promesse d'embauche qui nécessite le permis, la mission locale peut débloquer une aide rapidement.
Ces structures travaillent aussi avec des partenaires (entreprises locales, fondations) qui financent parfois des permis. N'hésite pas à solliciter un rendez-vous pour faire le point sur ta situation.
Le financement par l'employeur
Certaines entreprises incluent le permis dans leur plan de développement des compétences. Si ton poste nécessite un véhicule (commercial, technicien itinérant, livreur), ton employeur peut accepter de prendre en charge une partie des frais.
Négocie cette option lors de ton entretien annuel ou dès l'embauche si le permis conditionne ton évolution dans l'entreprise. Certains secteurs (BTP, grande distribution, services à la personne) ont l'habitude de ce type d'arrangement.
Qui est vraiment concerné par ce changement
Les jeunes actifs en début de carrière sont les premiers touchés. Ceux qui ont enchaîné stages, CDD ou alternance cumulent peu de droits CPF. Mais ils ont besoin du permis pour accéder à certains postes ou pour élargir leur périmètre de recherche d'emploi.
Les travailleurs en reconversion professionnelle perdent aussi une option importante. Beaucoup comptaient sur leur CPF pour financer le permis dans le cadre d'un changement de métier (passer du tertiaire à un métier manuel, par exemple). Sans cette aide, la reconversion devient plus compliquée.
Les habitants des zones rurales subissent un double impact. Pas de transports collectifs efficaces, donc un besoin absolu de voiture. Et souvent des revenus plus modestes qui rendent difficile l'autofinancement du permis. Cette mesure risque d'accentuer la fracture territoriale.
Quand la mesure entre-t-elle en vigueur
Le texte devrait être voté avec le budget 2026. L'application effective reste floue mais devrait intervenir courant 2026. Si tu cumules des droits CPF et que tu envisages le permis, agis vite.
Une fois la loi promulguée, les dossiers en cours seront probablement honorés. Mais les nouvelles demandes de financement CPF pour le permis seront bloquées pour les actifs. Vérifie ton solde CPF dès maintenant.
Attention aux délais administratifs. Entre la validation de ton dossier CPF et le début effectif de la formation, plusieurs semaines peuvent s'écouler. Si tu attends trop, tu risques de te retrouver hors délai.
Questions fréquentes
Puis-je encore utiliser mon CPF si je suis en CDI ?
Non, dès l'entrée en vigueur de la réforme. Le CPF permis sera réservé aux demandeurs d'emploi, bénéficiaires du RSA et personnes en situation de handicap. Si tu es salarié en CDI, CDD ou intérimaire, tu ne pourras plus mobiliser ton CPF pour le permis.
Que deviennent mes droits CPF actuels ?
Tes droits CPF restent disponibles pour d'autres formations. Seul le permis de conduire sort du périmètre éligible pour les actifs. Tu peux utiliser ton CPF pour des formations diplômantes, des certifications professionnelles, des bilans de compétences ou du coaching.
Les demandeurs d'emploi peuvent-ils cumuler CPF et aide de France Travail ?
Oui, le cumul reste possible selon les situations. France Travail peut compléter ton CPF si tes droits ne couvrent pas l'intégralité du coût. Rapproche-toi de ton conseiller pour étudier les options de financement mixte.
Le permis moto est-il aussi concerné ?
Oui. La réforme concerne tous les types de permis financés par le CPF (B, A, poids lourds). Seuls les demandeurs d'emploi et publics prioritaires pourront continuer à mobiliser leurs droits, quel que soit le type de permis visé.
Puis-je contester cette décision ?
Non. Il s'agit d'une modification législative votée dans le cadre du budget. Tu ne peux pas contester individuellement cette mesure. Seules les organisations professionnelles et syndicales peuvent faire pression sur le gouvernement pour faire évoluer le texte.
Comment savoir si mon auto-école accepte le permis à un euro ?
Demande directement à l'auto-école ou consulte le site de la sécurité routière qui liste les établissements partenaires. Toutes les auto-écoles ne participent pas à ce dispositif. Compare les offres avant de t'engager.