Avec la drogue au volant, il n'y a pas de seuil toléré comme pour l'alcool. La moindre trace suffit à constituer un délit. Et depuis la loi du 9 juillet 2025, les peines ont nettement augmenté. Voici ce qu'il faut savoir pour le code, et pour la route.

Y a-t-il un seuil toléré pour les stupéfiants ?

Non, aucun. Conduire après avoir consommé de la drogue est interdit, quelle que soit la quantité. C'est la grande différence avec l'alcool, où la loi fixe un seuil, 0,5 g/L de sang, 0,2 g/L pour les jeunes permis. Pour les stupéfiants, ce seuil n'existe pas.

La simple présence d'une trace dans votre organisme est un délit, pas une contravention. Vous avez fumé un joint la veille et vous vous sentez parfaitement clair ? Si le THC est encore détectable dans votre salive ou votre sang, l'infraction est constituée. Cannabis, cocaïne, ecstasy, amphétamines, héroïne, LSD, toutes les substances classées stupéfiants sont concernées.

Quelles sanctions depuis la loi de juillet 2025 ?

La loi du 9 juillet 2025 a alourdi les peines, et l'article L235-1 du code de la route place la barre haut.

SituationAvant juillet 2025Depuis juillet 2025
Stupéfiants seuls2 ans, 4 500 €, 6 points3 ans, 9 000 €, 6 points
Stupéfiants et alcool3 ans, 9 000 €, 8 points5 ans, 15 000 €, 9 points
Refus de dépistage2 ans, 4 500 €, 6 points2 ans, 4 500 €, 6 points
RécidivePeines doubléesPeines doublées et confiscation obligatoire

Le retrait de 9 points pour le cumul drogue et alcool est la seule exception au plafond habituel de 8 points. Et pour un jeune en permis probatoire, qui démarre avec 6 points, une première infraction stupéfiants vide le permis d'un coup.

Les peines complémentaires

Le tribunal peut ajouter d'autres sanctions. La suspension de permis peut aller jusqu'à 5 ans, sans aménagement possible en dehors du travail. L'annulation, elle, vous oblige à tout repasser, code et conduite, avec interdiction de retenter le permis pendant 5 ans maximum.

L'interdiction de conduire s'étend même aux voitures sans permis, jusqu'à 5 ans. La confiscation du véhicule devient obligatoire en cas de récidive ou de cumul avec l'alcool, sauf décision contraire motivée par le juge, et l'immobilisation peut durer jusqu'à un an. S'ajoutent deux stages obligatoires à vos frais, l'un sur la sécurité routière, l'autre sur les dangers des stupéfiants.

Comment se passe le dépistage ?

Au bord de la route, les forces de l'ordre commencent par un test salivaire rapide, qui repère en quelques minutes plusieurs familles de drogues. Si le test est positif, un second prélèvement salivaire part vers un laboratoire agréé, et c'est ce résultat-là qui fait preuve devant le tribunal. Vous pouvez aussi être emmené pour une prise de sang.

Pendant ce temps, votre permis est retenu, jusqu'à 120 heures. Ensuite, le préfet peut prononcer une suspension administrative allant jusqu'à un an, avant même le jugement, dès que les analyses confirment la présence de drogue.

Le dépistage est obligatoire après un accident mortel ou avec blessés. Il l'est aussi quand vous commettez certaines infractions, un excès de vitesse, un défaut de casque ou de ceinture. Et les contrôles peuvent être aléatoires, sans aucune infraction de départ.

Refuser le test

Refuser le dépistage est aussi un délit, puni de 2 ans de prison, 4 500 € et 6 points. Ça ne vous protège de rien, parce que les forces de l'ordre peuvent vous conduire à l'hôpital pour une prise de sang, avec l'accord d'un magistrat. Refuser ne fait qu'aggraver votre cas.

Et l'assurance, dans tout ça ?

Un accident sous stupéfiants change tout avec votre assureur. Pour vos propres dégâts, votre voiture, vos blessures, il peut refuser de vous indemniser. Il prend en charge les tiers et vos passagers, parce que la loi protège les victimes, mais il se retourne ensuite contre vous pour récupérer ce qu'il a versé. C'est le recours subrogatoire, et l'addition peut vous suivre des années.

Même sans accident, une condamnation à votre dossier se paie. Certaines compagnies montent les cotisations de 200 à 300 %, d'autres résilient le contrat. Et retrouver un assureur derrière coûte cher.

Quels effets les drogues ont sur la conduite ?

Chaque drogue déforme la conduite à sa manière. Le cannabis ralentit les réflexes, brouille la coordination et fausse la perception du temps et des distances. Vous croyez rouler moins vite que la réalité, et vous vous surestimez. Ces effets durent plusieurs heures.

La cocaïne et les amphétamines donnent un faux sentiment de contrôle. Vous prenez des risques que vous ne prendriez pas à jeun, puis vient la descente, avec fatigue et coups de barre brutaux. L'ecstasy trouble la vue et la concentration. Les opiacés, comme l'héroïne, assomment.

Les chiffres suivent. Au cannabis, le risque d'accident mortel est multiplié par 1,8. En mélangeant cannabis et alcool, il est multiplié par 14. En 2020, dans deux accidents sur dix, un conducteur impliqué était sous stupéfiants.

Les médicaments sont-ils concernés ?

Les médicaments prescrits ne sont pas des stupéfiants au sens de la loi, donc vous ne risquez pas les peines décrites plus haut. Mais beaucoup pèsent sur la conduite, antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, antihistaminiques.

Depuis 2005, les boîtes portent un pictogramme à trois niveaux. Le triangle jaune (niveau 1) demande de lire la notice. L'orange (niveau 2) demande l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien avant de conduire. Le rouge (niveau 3) interdit le volant. Environ un médicament sur trois en porte un, et les benzodiazépines sont passées du niveau 2 au niveau 3 en 2017.

Attention quand même. Conduire sous un médicament de niveau 3 ne vous expose pas aux sanctions pénales des stupéfiants, mais en cas d'accident, votre responsabilité est retenue, et votre assurance applique le même traitement que pour une drogue illicite.

Combien de temps une drogue reste-t-elle détectable ?

Ça dépend de la substance, mais aussi de vous, votre métabolisme, votre poids, ce que vous avez consommé et en quelle quantité.

SubstanceDans la saliveDans le sang
Cannabis (occasionnel)Jusqu'à 6 h2 à 8 h
Cannabis (régulier)Plusieurs joursPlusieurs jours
Cocaïne1 à 2 jours12 à 48 h
Amphétamines, ecstasy1 à 4 jours24 à 48 h
Opiacés (héroïne)1 à 3 jours6 à 24 h

Une chose à retenir, vous sentir sobre ne veut pas dire être négatif au test. Tant qu'il reste des traces, vous êtes en infraction.

Questions fréquentes

Existe-t-il un seuil minimum, comme pour l'alcool ?

Non. La moindre trace de stupéfiant dans l'organisme est un délit, peu importe la quantité.

Quelles peines depuis la loi de juillet 2025 ?

3 ans de prison et 9 000 € pour la drogue seule, 5 ans et 15 000 € en cas de cumul avec l'alcool. Retrait de 6 points, ou 9 points pour le cumul.

Peut-on refuser le dépistage ?

Non, le refus est un délit, 2 ans de prison, 4 500 € et 6 points. Et une prise de sang peut vous être imposée.

Mon assurance me couvre-t-elle en cas d'accident ?

Elle indemnise les tiers et vos passagers, mais pas vous. Elle peut ensuite se retourner contre vous pour récupérer les sommes versées.

La conduite accompagnée est-elle concernée ?

Oui. L'interdiction vaut aussi pour l'accompagnateur, avec les mêmes sanctions.

Combien de temps le cannabis reste-t-il détectable ?

Jusqu'à 6 heures dans la salive pour un usage occasionnel, plusieurs jours pour un usage régulier.

Comment évitez les sanctions ?

La seule règle sûre tient en une phrase. Ne prenez pas le volant si vous avez consommé. Aucune dose n'est sans risque, et aucun délai n'est garanti tant qu'il reste des traces.

Pour les médicaments, regardez le pictogramme sur la boîte, lisez la notice, et demandez à votre médecin ou à votre pharmacien en cas de doute. Et quand vous sortez, prévoyez autrement, un conducteur sobre, un taxi, les transports, ou vous dormez sur place. Ça évite de transformer une soirée en casier judiciaire.

Le site de la Sécurité routière tient à jour les chiffres et la réglementation.

Les peines pour conduite sous stupéfiants sont aujourd'hui parmi les plus lourdes du code. Pour le réviser, jetez un œil à notre aide-mémoire du code et entraînez-vous sur nos séries de questions. Et si l'alcool au volant vous intéresse aussi, voyez notre article sur l'alcool et la conduite.